Dr Alphonse LOUMA EYOUGHA, Dr en pharmacie et addictologue Membre du Conseil de prévention ONAD Président de l’ONG Agir pour le Gabon. Fondateur du centre de désintoxication ALIA & clinique Ancien Sénateur de la transition Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Militant démocratique,Docteur en pharmacie, addictologue, médecin et acteur engagé de la société civile, Alphonse Louma Eyougha a traversé quatre décennies d’histoire gabonaise sans jamais abandonner son idéal.
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Retour sur le parcours d’un homme dont les combats ont souvent précédé les urgences de son époque.
Dans quelques jours, plusieurs partis politiques gabonais disparaîtront peut-être des registres administratifs de la République.
Les autorités invoqueront la loi. Les juristes parleront de conformité. Les technocrates évoqueront la rationalisation du paysage politique.
Pour ma part, en ce moment particulier de notre histoire nationale, je pense à un homme.
Je pense à Alphonse Louma Eyougha.
Je pense à ce jeune étudiant gabonais qui, il y a exactement quarante ans, faisait trembler un régime pourtant solidement installé au pouvoir. Mais je pense aussi à ceux qui étaient à ses côtés. Car les combats qui changent le cours de l’histoire sont rarement l’œuvre d’un homme seul.
Une des anciennes images du Dr
Le 25 juin 1986, Le Canard enchaîné révélait qu’un petit groupe de jeunes Gabonais installés au Sénégal était devenu la préoccupation d’un régime qui semblait pourtant régner sans partage.
Parmi eux figurait Alphonse Louma Eyougha, alors étudiant en pharmacie. Avec quelques compagnons partageant les mêmes convictions, il avait créé un mouvement clandestin baptisé Union pour la démocratie et le travail (UDT), d’obédience marxiste-léniniste. Vu d’aujourd’hui, cette histoire pourrait presque prêter à sourire si elle ne disait pas autant sur le climat politique de l’époque.
Selon la légende, les membres de l’UDT se réunissaient dans la plus grande discrétion. Personne ne déclinait véritablement son identité et les participants adoptaient parfois l’allure de maquisards révolutionnaires, comme s’ils préparaient la libération d’un territoire occupé plutôt que de simples réunions politiques entre étudiants gabonais.
Ils étaient jeunes. Ils étaient idéalistes. Ils rêvaient de démocratie, de justice sociale et de liberté. Et parfois, dans l’histoire des peuples, quelques jeunes porteurs d’une idée inquiètent davantage les pouvoirs établis qu’une armée entière. Ils étaient quatre : Alphonse Louma Eyougha, son épouse et deux de leurs compagnons d’engagement. Quatre jeunes Gabonais. Quatre citoyens armés de leurs seules convictions.
Leur crime ? Croire que leur pays méritait davantage de liberté.
Selon les informations publiées à l’époque, une opération aurait même été envisagée pour les ramener de force au Gabon. Grâce à la vigilance des autorités sénégalaises, cette tentative échoua. Pour poursuivre ses études et assurer sa sécurité, Alphonse Louma Eyougha dut gagner la Mauritanie.
Quarante ans plus tard, cet épisode conserve une force intacte. Il nous rappelle qu’avant d’être un droit, la liberté fut un risque. Avant d’être un acquis, elle fut un combat.
Le Canard enchaîné de 1986
Je retrouvai Alphonse Louma Eyougha quelques années plus tard lors de la Conférence nationale de 1990. Il a poursuivi son engagement au sein du PGP puis à l’Union Nationale, traversant les décennies sans jamais abandonner son idéal démocratique.
Mais avec le recul, ce n’est peut-être pas sur le terrain politique qu’il a accompli son œuvre la plus remarquable. Car Alphonse Louma Eyougha possède une qualité rare : il est de ceux qui continuent d’avancer lorsque les autres abandonnent. Après plus de vingt années de militantisme citoyen à travers son ONG Agir pour le Gabon, engagée dans la lutte contre l’alcoolisme, le tabagisme et la toxicomanie, il prit une décision que peu de personnes auraient comprise à l’époque. Alors que beaucoup auraient considéré leur parcours accompli, il retourna sur les bancs de l’université.
Il s’inscrivit à l’Université Paris-Sud afin d’y suivre une formation spécialisée en addictologie. Diplôme en poche, il revint au Gabon avec une idée simple mais ambitieuse : créer ce qui n’existait pas encore.
Il fonda ainsi le premier établissement gabonais spécialisé dans la prise en charge des addictions : Alia & Zeida Clinique. Aujourd’hui, cela paraît presque évident. À l’époque, cela relevait de la vision. Car il faut se souvenir que lorsque le Docteur Louma alertait sur les ravages de l’alcoolisme, du tabagisme et de la toxicomanie, beaucoup considéraient ces questions comme secondaires. Certains les jugeaient marginales.
D’autres regardaient son combat avec scepticisme. Lui persistait. Il persistait parce qu’il voyait ce que beaucoup ne voyaient pas encore. Il comprenait déjà que les addictions allaient devenir l’un des grands défis sanitaires et sociaux du Gabon. Il comprenait que derrière chaque dépendance se cachait une souffrance humaine, une famille déchirée, une jeunesse en danger. Les années ont passé. Et le temps lui a donné raison.
Ce qui paraissait marginal est devenu une préoccupation nationale. Ce que certains considéraient comme une lubie est devenu une urgence de santé publique. Là où la politique lui a souvent offert l’ingratitude, les coups et parfois l’indifférence, son combat contre les addictions lui a offert quelque chose de bien plus précieux : l’affection populaire. Aujourd’hui, dans les quartiers de Libreville comme dans les villages les plus reculés du Gabon, beaucoup connaissent davantage le Docteur Louma que le responsable politique.
Photo de famille
Docteur Louma est devenu une référence. Presque une institution. Presque une marque déposée. Son nom évoque une main tendue, une seconde chance, une vie reconstruite. Il existe des hommes qui passent leur existence à rechercher les honneurs. Et il existe des hommes qui consacrent leur vie à être utiles. Alphonse Louma Eyougha appartient à cette seconde catégorie.
Son parcours nous enseigne une leçon simple : les visionnaires sont souvent pris pour des marginaux avant que le temps ne leur donne raison. Voilà pourquoi, en ces jours où notre pays s’interroge sur son avenir démocratique, il me paraît juste de lui rendre hommage. Parce qu’il fait partie de cette génération qui a élargi l’espace de nos libertés. Parce qu’il a refusé de céder lorsque d’autres renonçaient. Parce qu’il a consacré sa vie à servir plutôt qu’à se servir. Et parce qu’au fond, le fil conducteur de son existence tient dans une seule phrase.
Alphonse Louma Eyougha est de ces hommes qui n’ont jamais renoncé. Ni à leurs convictions. Ni à leur pays. Ni aux autres.
Quarante ans après les événements de 1986, ce ne sont pas ses idées qui ont vieilli.
C’est peut-être l’Histoire qui recommence à bégayer.
Par Michel Ongoundou Loundah


