Déguerpissements à Okala et Diba-Diba : derrière les milliards annoncés, des populations dans la détresse
Image d’une casse ( Gabon actu ) Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Ce mercredi 4 novembre 2026, les opérations de déguerpissement sur les axes Dispensaire d’Okala – Centrale SEEG d’Okala et Lac Bleu – Diba-Diba ont laissé derrière elles des scènes de désolation. Larmes, détresse et sentiment d’abandon : pour de nombreux riverains, cette journée restera douloureusement gravée dans les mémoires. Selon les autorités, les opérations devraient se poursuivre dans les prochains jours.
Déguerpissements à Okala et Diba-Diba : derrière les milliards annoncés, des populations dans la détresse
Présentée par le Gouvernement comme une étape nécessaire à la modernisation des infrastructures routières du Grand Libreville, cette opération est officiellement assortie de mesures d’accompagnement social. Mais entre les engagements annoncés et les réalités rapportées sur le terrain, des interrogations persistent.
En effet, plusieurs riverains affirment n’avoir reçu aucune indemnisation avant la destruction de leurs habitations ou de leurs installations. D’autres dénoncent l’absence d’évaluation préalable de leurs biens. Une vidéo montrant le témoignage particulièrement poignant d’une femme déguerpie a d’ailleurs largement circulé sur les réseaux sociaux, ravivant les interrogations sur les conditions dans lesquelles ces opérations sont conduites.
Pourtant, les chiffres avancés par le Gouvernement sont conséquents. Selon la communication officielle, 2,58 milliards de FCFA auraient été versés à 69 personnes concernées à Okala, tandis que plus de 1,81 milliard de FCFA auraient été mobilisés au profit de 139 familles à Diba-Diba. Les paiements se poursuivraient pour les bénéficiaires restant à indemniser.
À ces compensations financières s’ajoute la promesse d’attribution de parcelles de terrain aux populations impactées.
Mais au-delà des milliards annoncés, qu’en est-il concrètement des personnes qui affirment n’avoir rien perçu ? Qui a été effectivement recensé ? Quels biens ont été évalués ? Selon quels critères les indemnisations ont-elles été déterminées ? Et surtout, quelles garanties sont offertes aux familles qui se retrouvent aujourd’hui sans logement ou sans activité économique ?
Plaine-Oréty, le précédent qui interroge
La situation actuelle renvoie également au dossier des populations déguerpies de Plaine-Oréty en 2025. Selon les informations rapportées sur ce dossier, plusieurs personnes concernées attendraient toujours leurs indemnisations.
Dans le même temps, le site accueille la construction d’un immeuble de type R+12 destiné à abriter le siège de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB). Ce rapprochement entre les attentes sociales des anciens occupants et l’évolution du site soulève une question de fond : quelle place est réellement accordée à l’indemnisation et à la réinstallation des populations dans les projets d’aménagement urbain ?
Il ne s’agit pas de confondre les deux opérations, dont les contextes et les modalités peuvent différer, mais de s’interroger sur la continuité des engagements publics. Les populations concernées ont-elles été indemnisées ? Quelles mesures de relogement ont été effectivement mises en œuvre ? Et quel bilan les autorités peuvent-elles présenter depuis les déguerpissements de 2025 ?
Le développement ne peut se faire au détriment de la dignité humaine
La modernisation des infrastructures routières constitue un enjeu important pour le Grand Libreville. Mais le développement ne peut se mesurer uniquement à la réalisation des routes, à la construction des immeubles ou à l’ampleur des investissements engagés. Il doit également s’apprécier à la considération accordée aux citoyens directement affectés par les décisions publiques.
Alors que les démolitions se poursuivent, une exigence demeure : la transparence sur les indemnisations, le respect des engagements pris et un véritable accompagnement des populations déguerpies.
Le Gouvernement gagnerait ainsi à publier un bilan détaillé des personnes recensées, des indemnisations effectivement versées, des dossiers encore en attente et des mesures concrètes de relogement.
Car derrière les chiffres et les projets d’aménagement, il y a des familles, des vies et parfois des années d’efforts réduites à des gravats.
Une route peut moderniser une ville. Mais elle ne devrait jamais laisser derrière elle des citoyens qui ont le sentiment d’avoir été oubliés.