Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur de la Transition Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Depuis le coup d’État du 30 août 2023, le pouvoir gabonais invoque la souveraineté, la restauration des institutions et la fierté nationale. Dans sa tribune « Ebomaf, la pieuvre qui vampirise l’économie gabonaise », Michel Ongoundou Loundah confronte ces promesses aux dépendances qu’il dénonce. Son réquisitoire vise d’abord ceux qui engagent le pays.
Ebomaf, la tribune qui met le pouvoir face à ses contradictions
La souveraineté dans les discours, la dépendance dans les contrats : telle est la contradiction soulevée par l’ancien sénateur de la Transition. Après avoir promis de rendre au Gabon la maîtrise de son destin, les dirigeants sont invités à répondre à des questions concrètes : qui obtient les marchés, selon quelles procédures et avec quelles obligations pour l’État ?
Des hommes d’affaires de différentes origines ont pignon sur rue au Gabon. Leur nationalité ne préjuge ni de leur compétence ni de l’utilité de leurs investissements. La critique porte sur les conditions de leur implantation, la concentration des marchés et la capacité des autorités à défendre l’intérêt public. Dans cette lecture, Ebomaf constitue le cas le plus emblématique.
Routes, transport aérien, pêche, infrastructures : le président du parti REAGIR rapproche les activités du groupe de Mahamadou Bonkoungou pour décrire une emprise croissante. Il en tire une formule mordante : « Ce n’est plus un groupe de BTP, c’est un péage posé sur l’existence de tout un peuple. »
La responsabilité de ceux qui signent
La tribune distingue les intérêts de l’entrepreneur des devoirs des gouvernants. « On ne reprochera pas à M. Bonkoungou de chercher des marchés. C’est son métier, et il l’exerce avec un indéniable talent », écrit Michel Ongoundou Loundah. Aux responsables gabonais revient l’obligation de comparer les offres, de négocier et de rendre des comptes.
Sa charge se concentre sur ce déséquilibre : « Ce qui frappe n’est pas tant la réussite d’un homme d’affaires que la docilité de l’État qui la rend possible. » Sur le gré à gré, l’auteur résume son accusation : « La loi fixe l’exception. Le pouvoir en a fait la règle. » Le récit de la rupture se trouve ainsi mis à l’épreuve. La restauration de la fierté nationale convainc difficilement si les entreprises gabonaises restent à l’écart des grands marchés et si le contribuable ignore les conditions auxquelles son pays s’engage. Le drapeau accompagne les signatures ; il ne dispense pas d’en lire les clauses.
Des contrats qui finissent par lier les mains
L’ancien sénateur décrit surtout un enchaînement : « Chaque contrat rend le suivant plus probable, parce qu’il crée des chantiers à finir, des dettes à servir, des équipements à entretenir et des relations à ménager. » L’accumulation des engagements rendrait progressivement plus difficile le choix d’un autre partenaire. Il rattache ce mécanisme à la « capture de l’État », une lecture politique des dossiers évoqués, et avertit : « À terme, l’État ne choisit plus son partenaire : il le subit. » Le paradoxe est sévère pour un pouvoir qui fonde sa légitimité sur la reconquête de la souveraineté.
Ces accusations appellent des réponses documentées des autorités et du groupe concerné. Publication des contrats, clarification des garanties publiques, contrôle du Parlement et de la Cour des comptes : les demandes formulées permettraient de confronter la critique aux pièces. Le président de REAGIR ramène finalement la responsabilité à ceux qui disposent du pouvoir de signer. Sa dernière image donne au réquisitoire toute sa portée : « Une pieuvre ne s’installe jamais seule dans un aquarium. Il faut que quelqu’un, en haut, ait soulevé le couvercle. »
RDB