Santé menstruelle : Sherine M. Bouassa, une voix engagée pour allier santé des femmes et protection de l’environnement
Sherine M. Bouassa, présidente de l’ONG GÊNA à droite Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Éducatrice en santé menstruelle et présidente de l’ONG GÊNA, Sherine M. Bouassa mène depuis 2021 un combat de terrain contre la précarité menstruelle au Gabon. De la sensibilisation des jeunes filles à la promotion de solutions locales et durables, son engagement dépasse la question des protections périodiques pour interroger l’accès à l’eau, la pauvreté, la santé publique et la justice environnementale. Un plaidoyer qu’elle a porté le 30 octobre dernier à Libreville, lors de la table ronde « Femmes au cœur de la gouvernance environnementale ».
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Faire de la santé menstruelle un enjeu de dignité, de santé publique et de justice sociale : c’est le combat que mène depuis plusieurs années Sherine M. Bouassa à travers l’ONG GÊNA. Éducatrice en santé menstruelle et actrice de terrain, elle s’investit dans la transmission de l’information, la sensibilisation et la lutte contre la précarité menstruelle, particulièrement auprès des jeunes filles et des femmes en situation de vulnérabilité.
Depuis 2021, avec ses partenaires, elle déploie des actions dans plusieurs établissements secondaires, des orphelinats, des lieux publics, notamment à la Baie des Rois auprès de la Fondation Ma Bannière, ainsi que dans les établissements pénitentiaires de Libreville et de Franceville. Son engagement atteint également des zones reculées, comme la plaine Ayémé dans la province de l’Estuaire, à proximité du village de La Plaine Akanabour, ainsi que de Nkoltang.
Derrière ces interventions, une conviction : aucune jeune fille ne devrait voir son éducation, sa santé ou sa dignité compromises simplement parce qu’elle n’a pas les moyens de vivre ses menstruations dans de bonnes conditions.
Connaître son corps, comprendre son cycle, adopter des pratiques d’hygiène adaptées et briser les tabous constituent ainsi les principaux axes de son travail. Mais pour la responsable associative, la sensibilisation doit aller plus loin et prendre en compte les réalités économiques et environnementales auxquelles les femmes sont confrontées.
De la précarité menstruelle à la justice environnementale
Sherine accompagnée des autres participantes
C’est cette vision globale qu’elle a défendue le 30 octobre à Libreville, à l’occasion de la table ronde organisée autour du thème « Femmes au cœur de la gouvernance environnementale ».
Son intervention a notamment permis de rappeler que l’environnement et la santé menstruelle sont étroitement liés. L’accès à l’eau, les conditions d’hygiène, les produits utilisés pendant les règles et les moyens financiers disponibles influencent directement la manière dont les femmes vivent leurs menstruations.
« Ce n’est pas une théorie. C’est ce que nous vivons », a-t-elle affirmé, en évoquant des situations concrètes auxquelles sont confrontées de nombreuses jeunes filles.
« L’environnement, pour nos filles, ce n’est pas seulement l’air de Libreville et d’ailleurs. C’est l’eau qu’elles utilisent pour se laver, c’est le morceau de tissu, la couche, le sachet plastique qu’elles mettent à la place d’une serviette, c’est la cuisine à ciel ouvert où elles respirent le charbon pendant trois heures par jour. C’est la serviette jetable parfumée et blanchie au chlore (So Fresh) qu’on leur vend comme étant « propre ». »
Un témoignage qui replace les préoccupations des femmes au cœur des débats environnementaux. Car la précarité menstruelle ne se limite pas à l’absence de protections périodiques. Elle révèle aussi les difficultés d’accès à l’eau potable, les inégalités économiques, les insuffisances en matière d’éducation sanitaire et les conséquences d’un environnement parfois défavorable à la santé.
Promouvoir des solutions adaptées aux réalités locales
Au-delà du constat, la présidente de GÊNA défend une approche fondée sur l’accompagnement et la responsabilisation collective. Pour elle, il ne suffit pas d’inviter les femmes à adopter de bons comportements : encore faut-il leur donner les moyens matériels de le faire.
« On ne doit pas seulement dire aux femmes : « Faites attention ». On doit les accompagner pour qu’elles adoptent les bons gestes, dans LEUR environnement, avec LEURS moyens, pour minimiser les risques. Et cela passe, de manière primaire, si je peux le dire ainsi, par notre manière de consommer. »
Cette réflexion l’amène à poser une autre question : celle de la production et de la consommation locales. Comment rendre les protections menstruelles plus accessibles tout en limitant leur impact environnemental ? Comment encourager les initiatives gabonaises dans la fabrication de produits d’hygiène adaptés aux besoins des femmes ?
Son plaidoyer ouvre notamment la voie à la promotion des protections lavables en coton biologique, qui pourraient être fabriquées par des créateurs de mode ou des coopératives locales.
« Comment passer de 12 000 serviettes jetables polluantes et irritantes dans la vie d’une femme, à une serviette lavable en coton bio, fabriquée par nos créateurs de mode ou coopératives, qui respecte son corps et notre terre ? », interroge-t-elle.
À travers cette proposition, elle invite à repenser les habitudes de consommation, mais également à faire de la santé menstruelle une opportunité de valorisation du savoir-faire local et de développement d’initiatives économiques portées par les Gabonais.
Une telle transition suppose néanmoins des produits de qualité, financièrement accessibles et adaptés aux conditions d’hygiène des utilisatrices, notamment en matière d’accès à l’eau, de lavage et de séchage.
Un engagement qui appelle des réponses concrètes
Sherine M. Bouassa lors de sa présentation à la table ronde
En portant la question de la santé menstruelle dans le débat sur la gouvernance environnementale, la responsable de l’ONG GÊNA défend une approche qui relie directement santé des femmes, dignité humaine, inclusion sociale et préservation de l’environnement.
Son ambition est de contribuer à une meilleure prise en compte des besoins des jeunes filles et des femmes, notamment celles qui restent les plus éloignées de l’information, des infrastructures sanitaires et des solutions adaptées.
Au-delà de la sensibilisation, ce plaidoyer interpelle les pouvoirs publics, les acteurs de la santé, les organisations de la société civile et les opérateurs économiques sur la nécessité de construire des réponses durables.
Pour l’ONG GÊNA, l’enjeu est clair : promouvoir une santé menstruelle accessible à toutes, qui protège le corps des femmes sans compromettre leur environnement. Une manière de rappeler que la justice environnementale commence aussi par la prise en compte des réalités quotidiennes des femmes.

