Gabon / Éducation nationale : Cent soixante pages, et l’école attend ses résultats
L’ancienne ministre de l’Éducation nationale , Camélia Ntoutoume-Leclercq Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Après son départ du gouvernement, le 11 octobre 2026, Camélia Ntoutoume Leclercq a choisi de défendre son action par l’écrit. Un document de 160 pages, rendu public ce jeudi 29 octobre, rassemble les réalisations qu’elle revendique dans le secteur éducatif entre 2020 et 2026. Infrastructures, formation des enseignants, réformes pédagogiques, soutien aux familles : l’inventaire est fourni. Reste à mesurer ce qu’il a changé dans les salles de classe.
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Cent soixante pages, et l’école attend ses résultats
Publier un bilan est une démarche utile. Elle permet de confronter des engagements à des réalisations et donne matière au débat public. Encore faut-il que les chiffres présentés puissent être vérifiés et les résultats évalués. L’épaisseur du document ne dispense pas de cet examen. L’école gabonaise a besoin de preuves autant que de pages.
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Le lien pour lire le bilan
Une précision éclaire d’ailleurs la période revendiquée. Entrée au gouvernement en juillet 2020 comme ministre déléguée, Camélia Ntoutoume-Leclercq n’a pris la pleine responsabilité de l’Éducation nationale qu’en mars 2022. Six années de parcours gouvernemental, donc, dont plus de quatre à la tête du ministère. Un bilan rigoureux commence par une chronologie exacte.
Des réalisations à confronter au terrain
Le document s’organise autour de six axes, de la gouvernance à l’inclusion, en passant par les infrastructures, le numérique et les innovations pédagogiques. Il met notamment en avant la réouverture des Écoles normales des instituteurs, la formation des enseignants, l’introduction de l’anglais au préprimaire et au primaire, ainsi que le développement des langues nationales.
S’y ajoutent de nouveaux référentiels pédagogiques et des manuels du secondaire conçus par des auteurs et éditeurs gabonais. Ces orientations méritent d’être examinées sérieusement. Leur intérêt dépend cependant des moyens consacrés à leur application, de la préparation des enseignants et de leur effet sur les apprentissages. Une réforme ne devient pas efficace le jour où elle reçoit un intitulé.
Sur les infrastructures, les chiffres revendiqués sont importants : 38 nouveaux établissements comprenant 993 salles de classe, 2 961 salles réhabilitées et des interventions dans 21 internats.
Un tel inventaire appelle une présentation détaillée : localisation des établissements, dates de réception, coûts, capacités d’accueil et état de fonctionnement. Une salle livrée doit pouvoir accueillir des élèves, avec un enseignant, du mobilier et du matériel pédagogique. Le ruban coupé ne fait pas la rentrée.
Cette vérification permettrait aussi de distinguer les constructions achevées, les réhabilitations effectives et les chantiers encore en cours. Les besoins de l’école imposent cette clarté.
La gratuité se vérifie dans le budget des familles
Le bilan mentionne la gratuité des inscriptions et des manuels, la réduction du coût des tenues scolaires et le rétablissement de la bourse au secondaire selon des critères d’excellence.
Ces mesures concernent directement les ménages. Leur évaluation doit donc partir des dépenses réellement supportées par les parents, des livres effectivement reçus et des aides versées aux bénéficiaires. Entre une gratuité annoncée et une gratuité appliquée, une famille peut encore avoir beaucoup à payer.
La même exigence vaut pour les enseignants. Les démarches de régularisation des carrières et le dialogue social doivent être appréciés à travers leurs suites concrètes : dossiers aboutis, situations en attente, recrutements réalisés et amélioration des conditions de travail. Une carrière ne se régularise pas par la seule évocation des démarches engagées.
Les tensions syndicales, les besoins en personnel, notamment dans certaines disciplines scientifiques, et les insuffisances matérielles imposent de confronter le bilan administratif à l’expérience des établissements.
L’indulgence ne remplace pas l’évaluation
L’ancienne ministre reconnaît les limites de son action et sollicite une appréciation indulgente pour les chantiers inachevés et les insuffisances qui subsistent. Cette reconnaissance a le mérite d’ouvrir la discussion. Elle ne saurait en fixer la sévérité.
L’exercice d’une responsabilité publique expose à un examen contradictoire. Les efforts collectifs peuvent être reconnus, les réalisations établies saluées et les échecs analysés sans que l’un efface les autres. Les élèves qui ont étudié dans des conditions difficiles n’ont pas bénéficié, eux, d’un délai de bienveillance.
Il appartient désormais à l’équipe qui lui succède de rendre lisible cet héritage : poursuivre ce qui fonctionne, corriger ce qui échoue et documenter ce qui reste à achever. Les données sur les acquis des élèves, les effectifs par classe, la présence des enseignants et les écarts entre territoires donneraient à cet examen une base autrement solide.
Ces 160 pages offrent une version de l’action ministérielle. Elles doivent maintenant soutenir l’épreuve de la vérification.
Le véritable bilan se trouve dans les cahiers des élèves, les conditions de travail des enseignants et les dépenses des familles. C’est là que l’action publique passe son examen. Le jury y est moins sensible à la qualité de la reliure.