Le parti REAGIR, Michel Ongoundou Loundah et le président du parti Ensemble pour le Gabon, Alain-Claude Bilie-By-Nze Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur de la Transition et président du parti REAGIR, dénonce à travers sa tribune, une instrumentalisation de la justice gabonaise par le pouvoir en place à travers l’affaire Bilie-By-Nze. Selon lui, cette affaire illustre la transformation du système judiciaire en outil politique, où les droits individuels sont sacrifiés au profit du maintien du pouvoir. Le président du parti REAGIR, critique une justice qui ne protège plus, mais sert une volonté politique, et appelle à une prise de conscience collective face à cette dérive qu’il juge dangereuse.
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Assez ! Assez de faux-semblants, assez de contorsions, assez de ce théâtre grotesque où l’on travestit la violence d’Etat en procédure et l’arbitraire en justice. L’affaire Bilie-By-Nze n’est pas un accident. C’est une démonstration brutale de ce qu’il reste d’un État lorsque le droit n’est plus qu’un habillage, un alibi, un accessoire que l’on exhibe quand cela arrange — et que l’on piétine quand il gêne.
Un homme est enlevé. Un ancien Premier ministre, peu importe : dan un État digne de ce nom, cela devrait déjà suffire à déclencher un scandale. Mais non. Ici, sous la Ve République du CTRI, cela passe. Puis vient l’incarcération. Rapide. Expéditive. Et surtout, juridiquement indéfendable. On parle d’« enquête préliminaire » — cette phase censée vérifier, établir, douter. Mais le doute n’existe plus : dans l’Etat UDB-PDG-CTRI, on enferme d’abord, on justifie ensuite. Voilà la réalité nue.
Ce n’est pas une dérive. C’est une méthode.
Car enfin, de quoi s’agit-il sinon d’un renversement complet de l’ordre juridique ? Depuis quand une enquête précède-t-elle la preuve par la prison ? Depuis quand la privation de liberté devient-elle un outil d’investigation ? On ne cherche plus la vérité : on fabrique une culpabilité. On ne protège plus les droits : on les contourne. Et tout cela se fait au grand jour, sans même la précaution de sauver les apparences. Ainsi va le Gabon du CTRI !
Et pendant ce temps, le parquet parle. Il parle beaucoup. Trop. Il détaille, il expose, il suggère, il oriente. Il livre à l’opinion publique un récit déjà construit, prêt à être consommé. La présomption d’innocence ? Une incantation creuse. Le secret de l’enquête ? Une plaisanterie sélective. Ce n’est plus de la communication, c’est une mise en scène. Une opération de conditionnement.
Mais le plus sidérant reste cette gymnastique verbale : la « matérialité des faits » ne serait pas établie… tout en l’étant suffisamment pour justifier l’incarcération. Donc on ne sait pas, mais on agit comme si on savait. On doute, mais on enferme. On hésite, mais on accuse. Tout cela n’est pas seulement incohérent — c’est obscène.
Et dans ce dispositif, chacun est utilisé puis sacrifié. L’homme arrêté, d’abord. Transformé en coupable idéal, Alain-Claude Bilie-By-Nze est exposé, broyé, réduit à une fonction — celle d’exemple. La plaignante ensuite : outil du moment, dont on se débarrassera dès qu’elle deviendra gênante. Car ce système ne protège personne. Il consomme.
L’histoire récente offre des précédents. Au Sénégal, Adji Sarr avait été au cœur d’accusations visant Ousmane Sonko. Que reste-t-il aujourd’hui de cette affaire pour celle qui en fut l’instrument ? Le sort réservé aux outils devenus inutiles est toujours le même. « Le bâton qui a servi à tuer un serpent est toujours balancé très loin, un peu comme s’il était porteur de malédiction » . À bon entendeur...
Ce qu’il faut, en tout cas, comprendre, c’est que cette affaire dépasse infiniment ses protagonistes. Ce qui se joue ici, c’est la mutation d’une justice en instrument. Une justice qui ne dit plus le droit mais qui exécute une volonté. Une justice qui ne garantit plus les libertés mais qui les distribue — ou les retire — au gré des intérêts du pouvoir UDB-PDG-CTRI.
Et il faudrait se taire ? Il faudrait observer, commenter à voix basse, attendre que cela passe ?
Non.
Le silence, ici, n’est pas de la prudence. C’est une abdication. Une complicité passive face à une mécanique qui, une fois enclenchée, ne s’arrête jamais d’elle-même.
Car aujourd’hui, c’est un ancien Premier ministre. Demain, ce sera qui ?
Quand le droit devient optionnel, plus personne n’est à l’abri. Quand la justice se met au service d’autre chose qu’elle-même, elle cesse d’être une justice. Elle devient une arme. Et une arme, par définition, finit toujours par se retourner contre tous.
Il n’y a plus d’ambiguïté possible. Ce qui se passe est grave. Ce qui se passe est dangereux. Parce que lorsque le droit recule, ce n’est jamais à moitié. Et lorsqu’il disparaît, il emporte tout avec lui. C’est précisément pour cela que ce qui se passe ne doit pas passer.
Par Michel Ongoundou Loundah